L’harmonie des couleurs est un art subtil qui donne vie aux espaces. C’est dans cette quête d’équilibre qu’intervient Elodie Gobin, Designer Couleur et fondatrice du Studio Elodie Bingo et partenaire privilégiée de Hello Architecture. À travers ses choix chromatiques audacieux et réfléchis, elle insuffle une identité unique aux projets architecturaux. Dans cette interview, elle nous partage son parcours passionnant, les défis qu’elle a relevés et les projets qui l’ont le plus marquée.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a amenée à devenir coloriste ?
J’ai découvert la couleur, par chance, en 2004, grâce à la générosité de Jean-Philippe Lenclos, qui a accepté de me recevoir en stage dans son atelier de coloriste de renom : L’atelier 3D couleur. Au cours de ces quelques semaines, j’ai découvert une branche du métier différente du design produit. Mon orientation vers cette discipline du design tenait à 2 aspects essentiels : l’impact sur le quotidien des usagers et la conception à une échelle proche du corps. Cette expérience m’a montré que la couleur établit un lien immédiat avec les usagers et entretient une relation passionnée avec eux. J’ai su tout de suite que ce serait ma voie. Les formations de design couleur étaient rares à l’époque. J’ai donc poursuivi mon cursus en création industrielle (vision élargie du Design Produit) en intégrant l’ENSCI-les ateliers avec la volonté affichée de développer un design des couleurs et des matériaux. Cette école hors norme, qui offre un parcours pédagogique personnalisé, m’a permis de mener à bien mon projet et de me spécialiser dans le travail de la couleur et des matériaux.
Au fil de mes études, j’ai accumulé des expériences variées dans le champ de la couleur : en bureau de tendances, en département marketing, en studio de création d’objets ou encore dans un atelier de maquettistes. De Milan à Paris, de Mexico à Lyon, la couleur a été le fil conducteur de tous mes choix professionnels. Cette expertise spécifique m’a permis d’affiner mon positionnement vers une approche sociale et utile de la couleur. Désireuse d’avoir un impact plus large, je me suis orientée vers des projets à portée sociale, en intervenant sur des espaces publics, des bâtiments et des espaces extérieurs. C’est dans cette logique que j’ai créé le Studio Elodie Bingo en septembre 2020.
Qu’est-ce qui vous passionne dans votre travail ?
Je suis passionnée par l’entièreté du processus qui mène à une proposition colorimétrique. J’aime les interactions avec les architectes dont l’expertise suscite toujours mon admiration, je chéris les échanges avec les usagers qui sont une source de questionnement et d’exigence infinie, je me réjouis des phases d’analyse qui sont comme des minis enquête dans lesquelles nous décortiquons les projets, les lieux, les alentours. J’adore les étapes de cocréation avec les différents acteurs du projet, je raffole du moment génial où toutes les briques du projet prennent forme dans une (ou plusieurs) palette, je me régale dans la mise en place de la couleur dans les espaces et enfin, je me sens totalement utile quand j’imagine les outils et les éléments de transmissions pour l’exécution du projet. Ce combo d’analyse, de création et de mise en place est vraiment l’intégralité de ce que j’aime de mon métier.
Quel est concrètement le rôle d’une coloriste dans un projet architectural ?
Comme l’éclairagiste ou l’acousticien, le/la coloriste apporte un regard d’expert. Avec son regard de spécialiste, son rôle est de formuler la meilleure réponse possible en matière de sélection et d’application de la couleur. Au Studio, nous travaillons avec nos outils de designers et nous plaçons systématiquement les usagers au cœur de notre démarche. Souvent notre contribution dépasse la simple proposition de teintes : nous prescrivons des couleurs associées à des matériaux spécifiques, afin d’assurer la cohérence et la faisabilité du projet.
Comment collaborez-vous avec Hello Architecture ? Quelles sont les grandes étapes ?
Nous avons la chance de collaborer avec Hello Architecture depuis 2 ans sur différentes échelles d’intervention en fonction des projets et des budgets associés.
Les grandes phases de co création sont toujours les mêmes : Prise de connaissance du projet lors d’un premier échange, définition des objectifs, phase de conception en chambre avec 3 étapes qui correspondent souvent aux phases du projet architectural :
1. Orientation en APS
2. Conception en APD
3. Développement en PRO
La qualité du travail que nous pouvons développer pour Hello Architecture est liée à leur excellente compréhension des enjeux et à l’arrivée très en amont d’un coloriste dans le projet. Nous restons ensuite connectées au projet pour la phase de suivi de chantier, car des ajustements sont souvent nécessaires en phase finale.
Quelles sont vos relations avec les fondatrices de Hello ?
Les fondatrices de Hello Architecture m’ont accordé leur confiance pour concevoir les couleurs de leur résidence principale. Elles ont chacune une sensibilité très développée pour la couleur, mais avec des envies chromatiques très différentes. Dans nos projets, la qualité de nos relations avec les clients compte beaucoup et travailler avec Claire et Éloïse de manière rapprochée nous a permis de répondre au plus juste à leurs attentes. Finalement, leurs 2 projets sont très différents. Ils sont le reflet coloré de leurs complémentarités.
Comment choisissez-vous une palette de couleurs pour un projet ?
L’élaboration d’une palette de couleur se fait par étapes. L’analyse du contexte (historique, géographique, architectural), du projet, des usages, des attentes, du programme a une place importante dans notre processus. C’est ce qui oriente la première phase de notre travail et nous permet d’établir un cahier des charges qui inclut les contraintes et les objectifs à atteindre.
C’est en combinant un certain nombre de facteurs (intention du projet architectural, analyse, besoin des usagers, objectifs du projet) que la palette se compose petit à petit. Ce sont aussi les échanges avec les architectes, avec la maîtrise d’ouvrage et les usagers que la gamme s’affine.
Où trouvez-vous votre inspiration ?
Mon inspiration naît souvent des rencontres et des discussions avec tous les acteurs du projet (architectes, maîtres d’ouvrage, usagers). La phase d’analyse et la découverte de l’histoire d’un lieu, notamment lors des visites de site, sont aussi des sources d’idées essentielles. Dans certains cas, je m’appuie sur la concertation avec les usagers, qui peut révéler leurs aspirations et créer un ancrage très concret pour la future palette. Je pense que c’est la manière d’entrer dans le projet que je préfère.
Quelles sont les erreurs fréquentes à éviter dans l’utilisation de la couleur ?
L’erreur la plus fréquente est de chercher à préserver la pureté d’un bâtiment en n’ayant aucune intervention de colorimétrie rapportée. Penser que les matériaux se suffisent à eux-mêmes pour agrémenter les pièces occupées est une erreur très fréquente. À l’autre extrême, on peut aussi rencontrer l’absence de nuances. Par manque de temps ou d’expertise fine, la couleur est parfois traitée avec une présence trop forte.
Par ailleurs, des erreurs plus concrètes sont parfois opérées par méconnaissance des impacts physiologiques des couleurs. Plébiscités pour leurs neutralités apparentes, l’emploi excessif de blanc et gris, dans les environnements de travail par exemple, favorise fatigue et dépression voir burn-out à long terme. De même, les couleurs froides, comme le bleu, sur employé par exemple dans un contexte hospitalier pour ces vertus « apaisantes », peut à long terme renforcer un terrain dépressif. À l’inverse, le rouge favorise la suractivité corporelle. Son usage dans le contexte de la petite enfance, par exemple, devrait être davantage encadré. Tous ces effets des couleurs ont des fondements scientifiques, que malheureusement beaucoup de concepteurs méconnaissent.
Quelles sont les tendances actuelles en matière de couleurs ?
C’est une très bonne question à laquelle je n’ai pas de réponse. Au Studio, nous ne travaillons pas sur la base de tendances prédéfinies. Chaque opération est unique et nécessite une réponse sur mesure. Bien sûr, nous observons quelques marqueurs récurrents que nous intégrons, mais qui sont, très souvent, portés par la volonté des architectes. Par exemple, les matériaux durables contraignent la palette vers des nuances plus naturelles, adoucies, texturées parfois.
Ayant travaillé de près avec les tendances, je sais à quel point elles demandent des moyens conséquents pour être fiables. Nous pourrions un jour les intégrer plus systématiquement, si la demande s’en fait sentir. Pour l’instant, nous privilégions un travail contextualisé et spécifique à chaque projet.
Comment tenez-vous compte des perceptions et des goûts de chacun ?
La perception des couleurs varie selon les capacités perceptives de chacun. Par exemple, une personne âgée voit les couleurs différemment en raison du jaunissement de la cornée, ce qui rend le blanc moins agréable pour elle. Dans les espaces publics veillons particulièrement à l’accessibilité pour proposer un environnement adapté à tous. Ainsi, des sols trop contrastés peuvent poser problème pour certaines personnes, qui peuvent hésiter à franchir des zones perçues comme un obstacle.
Quant à la sensibilité individuelle à la couleur (que nous classons plus dans le champ de la psychologie des couleurs), nous n’en tenons pas compte dans les projets d’espaces collectifs. Chaque usager peut avoir une appréhension différente d’une couleur et nous ne pouvons pas le maîtriser. En revanche, nous garantissons que l’usage souhaité ne soit pas empêché par le choix de la couleur. Par exemple, attendre dans une salle d’attente orange vif. La psychologie des couleurs entre cependant en considération lors de l’adressage de la réponse au commanditaire/usagers. Un projet mal construit et donc mal expliqué sera plus facilement soumis à un jugement subjectif. Lorsqu’il s’agit d’un espace résidentiel ou clairement identifié (exemple : un bureau personnel), nous accordons plus de poids aux préférences individuelles pour élaborer la proposition colorimétrique.
Comment la couleur d’un espace peut-elle influencer notre humeur ?
Comme le son, la couleur est une onde qui agit sur le corps, parfois à un niveau inconscient. Même sans la “voir”, nous recevons ses vibrations, ce qui peut influer sur notre état physique.
La couleur peut donc, au-delà de la perception visuelle, influencer l’état physique dans lequel nous nous trouvons. La notion de bien-être étant très personnelle, nous partons du principe qu’il faut d’abord adapter la qualité de la couleur à la fonction de la pièce. Lire longtemps dans une pièce rouge peut devenir épuisant, tout comme s’endormir dans une chambre jaune lorsqu’on souffre d’insomnie. Prendre du plaisir à manger dans une cuisine verte ou bleue peut également être complexe. Des études scientifiques soulignent l’existence de réactions instinctives face à certaines couleurs : nous nous appuyons dessus pour proposer des espaces où l’ambiance chromatique renforce l’usage souhaité.
Quelles sont les couleurs conseillées pour chaque espace fonctionnel de nos logements ?
Nous n’avons pas de préconisations systématiques associant une teinte à une pièce précise. Dans les projets résidentiels, nous cherchons à répondre aux spécificités d’usage des habitants (habitude de vie, composition du foyer, modularité des espaces, ambiances souhaitées, etc.) et aux particularités du bâtiment (exposition, situation géographique, contexte d’implantation, climat, etc.).
Nous suivons néanmoins quelques grands principes, comme utiliser des couleurs faciles à éclairer dans les pièces de vie, choisir des couleurs chaudes dans les pièces au Nord (selon le contexte géographique), être attentif aux couleurs derrière le miroir de la salle de bain pour éviter l’effet blafard, ou encore éviter des couleurs trop claires si l’occupant est particulièrement soucieux de la propreté.
Quel projet vous a particulièrement marqué dans votre carrière ? Avez-vous déjà dû relever un défi complexe ?
J’ai la chance de travailler sur des projets que je choisis. Je me suis beaucoup impliqué dans chacun d’entre eux et, pour des raisons différentes, je les ai tous beaucoup aimés. Des défis sur des projets, j’en ai souvent ! Le travail de la couleur c’est toujours un travail d’équilibriste entre l’ambition du projet, les besoins des usagers, l’attente des architectes, les coûts et la maintenance. Certaines équations sont plus faciles à résoudre que d’autres !
En ce moment, par exemple, nous travaillons sur un très (très) grand complexe hospitalier où les défis sont de tailles : l’échelle du bâtiment, la cohérence entre la différenciation des espaces et les besoins spécifiques de chaque pièce, le compromis entre le confort des usagers, l’intention architecturale et la signalétique, sans oublier l’équité de traitement entre patients et personnel. Mais ce sont des défis stimulants qui nourrissent ensuite tous les projets suivants. Pour avancer, nous procédons méticuleusement en suivant notre méthodologie habituelle et en travaillant de manière rapprochée avec l’équipe de maîtrise d’œuvre, très impliquée sur le sujet.Pour clôturer notre entretien, voici une question difficile pour une coloriste. Si vous étiez une couleur, vous seriez ?
Si je devais être une couleur, je n’en serais pas qu’une. Je serai ce petit arc-en-ciel qui apparaît, presque par accident, de la rencontre éphémère de la lumière du soleil et d’un miroir bien orienté, de la diffraction du champ d’une vitre. Celui qui égaie la pièce quelques minutes par son apparition presque magique !

Nous vous accompagnons de A à Z dans vos projets de construction, de rénovation et d’urbanisme au coeur de la métropole lilloise. De la conception au suivi de chantier, transformez vos espaces de vie avec Hello Architecte ! Contactez-nous pour la réalisation de vos projets.



